Le lasioderma serricorne

Et voilà! J’ai eu un entretien fort instructif avec le Pr Schmurgl, et j’en ai tiré cet article, prêt à être publié sur le site de l’OMAC.  Le voici :

Le plus grand ennemi de l’amateur de cigares est un insecte de l’ordre des coléoptères répondant au doux nom de Lasioderma serricorne. Ces petits salopards, vraisemblablement originaires d’Égypte (on en a retrouvé dans la tombe scellée de Tutankhamon) ont pris la mauvaise habitude de se nourrir du tabac fermenté constituant nos vitoles, qu’ils semblent trouver parfaitement à leur goût.

En outre, ils s’attaquent également à diverses matières organiques séchées telles que des fruits, riz, épices, bois, papier, cuir… Pour cette raison, la présence de lasiodermes chez soi doit à tout prix être éradiquée le plus sérieusement et le plus efficacement possible, sous peine de retrouver ce fléau dans la cuisine ou la bibliothèque, où il sera à même de prospérer joyeusement tout en causant des dégâts fort ennuyeux. Sans compter le possible retour de ceux-ci dans l’humidor…

Pour lutter efficacement contre ce terroriste domestique, il est important de le connaître, ce qui me pousse à faire appel au Pr Schmurgl, biologiste fou attaché aux Affaires Animales de l’OMAC :

Moi : -Professeur, dites nous-en plus sur ce perfide animal.

Pr Schmurgl : – Eh bien le Lasioderme du Tabac est un coléoptère de la famille des Anobiidés prospérant à des températures supérieures à 20 °C. L’adulte, de couleur jaune rougeâtre à rouge brunâtre, est de forme ovoïde et mesure de 2 à 3 mm de long tandis que la larve peut atteindre 5 mm.

La femelle pond en moyenne 40 oeufs mais on a déjà comptabilisé plus du double d’œufs dans certains cas. La larve mue deux fois avant de se transformer en pupe, puis en adulte. Le cycle vital complet dure environ 70 jours

M : – Intéressons-nous à la larve. C’est bien celle-ci qui est la cause de nos éventuels ennuis ?

S : – En effet, c’est sous la forme larvaire que le lasioderme cause le plus de dégâts ; lorsque l’œuf éclot aux environs de 22°C, la larve va se mettre à creuser une galerie par mastication. Celle-ci ressemble à un ver et est légèrement plus petite que l’adulte. Les larves sont de couleur blanc-crème sauf la tête jaune et les mandibules qui sont brunes.

Les larves deviennent matures en 40 jours. Pendant ce temps, elles auront tout le loisir de causer leurs méfaits bien à l’abri dans leur substrat nourricier.

M : -Vous nous dites que cette sale bête prolifère à une température supérieure à 20°C. Le contrôle de la température de nos humidors pourrait-il en empêcher l’apparition ?

S : – Ce n’est malheureusement pas aussi simple : Les insectes sont des animaux particulièrement résistants, et ils sont dotés de processus de survie effectifs en toutes sortes de circonstances. Ainsi, lorsque la température baisse, ceux-ci peuvent entrer en léthargie pour mieux recommencer à prospérer dès que les conditions redeviennent favorables. Ainsi, certaines espèces peuvent survivre au gel en augmentant la concentration de leur liquide physiologique, ce qui a un effet antigel. Le lasioderme va donc ralentir son métabolisme jusqu‘à 12 °C, où il entrera en léthargie. De plus, l’œuf résiste mieux que l’insecte lui-même, et cesse alors de se développer. Le processus de vieillissement des cigares ne se produisant plus de manière optimale à basse température, il n’est pas envisageable de conserver ses cigares en dessous de 15 °C de manière durable. La température de l’humidor doit donc être idéalement comprise entre 15 et 20 °C. Ceci dit, le risque de prolifération, bien que limité, n’est pas nul ; certains cas ont été observés à 14 °C.

M : – Mais alors, comment faire pour annihiler efficacement l’envahisseur, si malgré toutes les précautions, celui-ci a tout de même l’outrecuidance de pointer son nez ?

S : – Si ce scénario-catastrophe venait à se produire, il vous faudra fondre sur l’ennemi tel Bush junior sur Saddam. La consignation en résidence surveillée me semble risquée, malgré le fait qu’elle soit pratiquée par les plus hautes instances de l’OMAC, comme en témoigne ce topic somme toute fort instructif. Pour ce faire, une arme a fait ses preuves. J’ai nommé : la congélation.

M : – La congélation ? Mais vous venez de dire qu’ils risquaient de se mettre en léthargie pour mieux fondre sur nos vitoles une fois dégelés…

S : – Si la bête a le temps de s’adapter, le risque de les voir revenir n’est effectivement pas nul. Le plus sûr est de la surprendre alors que ses conditions de prolifération sont optimales. Les mécanismes de défense sont alors totalement inactifs, et le temps qu’ils se mettent en branle, le lasio aura déjà succombé. Ainsi, l’éradication serait encore plus sûre si les vitoles à congeler sont mises à une température idéale pour les lasios durant un jour (pas plus, afin d’éviter l’éclosion d’œufs presque matures). Ceci dit, cette technique est à réserver aux paranos ; le lasioderme n’étant pas adapté à survivre à des températures négatives. Les œufs, bien que plus résistants ne survivront pas si le séjour au frais est suffisamment long (plus c’est long, moins ils ont de chance de survie, surtout s’ils étaient à une température élevée avant).

M : – Merci Professeur.

La congélation est donc le meilleur moyen de limiter au maximum les risques d’apparition de cette plaie, et en cas d’attaque avérée, d’annihiler l’ennemi. Celle-ci devra se faire dans deux cas bien précis : Le cas où les cigares arrivent en votre possession sans être passé par un importateur qui aura déjà effectué le traitement, et le cas où l’attaque est effective. Pour ce faire, introduisez les cigares suspects dans un sac de congélation de type Ziploc et videz celui-ci d’un maximum d’air afin d’éviter toute condensation. Introduisez ce sac dans un autre sac comme précédemment, et placez le tout au congélateur. Si vous comptez garder ces cigares dans leur boîte d’origine, traitez également celle-ci. Le sac de congélation n’est pas nécessaire. Laissez reposer le tout de 3 jours à une semaine suivant votre degré de paranoïa, puis dégelez très progressivement les cigares en les faisant passer par le réfrigérateur puis par le frigo, et enfin, laissez chambrer avant de déballer vos protégés et de les remettre dans l’humidor. Si vous êtes victime d’une invasion, vérifiez chaque cigare de l’humidor en le tapotant au-dessus d’une feuille blanche. Si une poudre noire s’en échappe, c’est qu’une larve l’a visité, et elle y est peut-être encore… Une fois les suspects mis au frais, nettoyez consciencieusement votre humidor sans oublier les coins et les charnières, où des œufs se sont peut-être retrouvés, attendant leur heure…

Par Riri